Obésité : la faute aux bactéries intestinales ?

Selon des chercheurs de l’Inra, les personnes possédant une flore intestinale pauvre en bactéries auraient plus de risque de devenir obèses. Une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements.

0
1774
En 2015, l'obésité concernera plus de 700 millions à travers le monde. ©ThinkStock

On connaît depuis longtemps l’importance des bactéries intestinales, qui nous aident à digérer et nous protègent de germes pathogènes. Ces bactéries joueraient aussi un rôle dans l’obésité, avancent des chercheurs de l’Institut national de recherche agronomique (Inra), en se basant sur deux expériences menées au Danemark et en France. Selon les résultats de leurs études, que vient de publier la revue Nature, les personnes qui auraient un déficit en bactéries intestinales prendraient plus facilement du poids que celles qui en auraient un nombre suffisant. Par conséquent, ces individus auraient également plus de risques de développer des maladies telles que du diabète, un excès de cholestérol, mais aussi des problèmes hépatiques et cardiovasculaires. Les causes de l’obésité ne serait plus que génétiques ou comportementales…

Une meilleure flore intestinale grâce aux fibres

La première étude a été menée au Danemark, sur 292 sujets obèses et non obèses. Les chercheurs ont comparé deux groupes d’individus : ceux qui possédaient une flore intestinale riche (au moins 580 000 gènes microbiens différents) et ceux qui souffraient d’un déficit en bactéries (360 000 gènes microbiens différents). Résultat : 80 % des individus appartenant à la seconde catégorie étaient obèses et donc, plus sujets au développement de maladies métaboliques.

Le constat a été le même lors de la seconde étude, menée sur un groupe de 49 Français. Mais cette fois, les scientifiques sont allés plus loin. Les sujets ont dû suivre un régime riche en fibres et en fruits et légumes, pendant douze semaines. Bingo ! « C’était étonnant et inattendu mais leur flore intestinale s’est amélioré de 20 à 25 % et leurs paramètres biochimiques indiquant qu’ils étaient à risques de développer des maladies chroniques se sont aussi améliorés, explique Stanislas Dusko-Ehrlich, directeur de recherche à l’Inra. Après 12 semaines, leur flore n’était pas aussi riche que celle de l’autre groupe, les marqueurs de l’inflammation n’ont pas bougé mais c’est déjà formidable ».

Prévenir les maladies liées à l’obésité grâce aux bactéries

Pourquoi ces découvertes sont si importantes ? Parce qu’elles pourraient déboucher sur la mise en place de marqueurs bactériens spécifiques pour dépister les personnes à risques. Ensuite, parce qu’elles ouvrent la voie à de nouveaux traitements contre l’obésité. On imagine qu’il serait par exemple possible de restaurer les bactéries manquantes chez certaines personnes, et ainsi prévenir certaines maladies.

Des travaux qui tombent à pic quand on sait qu’en 2015, l’obésité concernera plus de 700 millions de personnes à travers le monde.

> Lire aussi : Bientôt un vaccin contre l’obésité ?

Julie Toury