OGM : Paul Deheuvels valide l’étude du Pr Séralini

Interrogé par le magazine Rebelle-Santé, Paul Deheuvels dénonce la façon dont l’Académie des sciences a critiqué, sans fondement, l’étude du Pr Séralini sur la dangerosité des OGM. Pour lui, les résultats de cette recherche sont à prendre au sérieux.

0
2390
Paul Deheuvels regrette que l’Académie des sciences subisse autant de pressions extérieures et craint qu’elle ne devienne un jour plus qu’un « outil de lobby ». - Image d'illustration ©Fotolia

Septembre 2012. Le Pr Séralini démontre la dangerosité de la consommation d’OGM sur l’organisme, après avoir observé l’apparition de tumeurs cancérigènes chez des rats ayant ingéré un maïs NK603. Rapidement, des chercheurs contestent l’étude, 6 académies scientifiques émettent un avis très critique.

Dans un entretien à paraître le 23 février dans le magazine Rebelle-Santé, Paul Deheuvels – membre de l’Académie des sciences et directeur du laboratoire de statistique théorique et appliquée de l’université de Paris VI – reproche à l’Académie son manque de professionnalisme et estime que les résultats avancés par le Pr Gilles-Eric Séralini sur les OGM sont à prendre en considération.

Les critiques émises contre le Pr Séralini ne seraient pas valides

D’après les observations de l’académicien, un certain nombre de critiques avancées à l’encontre du Pr Séralini sont infondées.

– Certains chercheurs lui ont reproché d’avoir étudié des rats de la souche dite de Sprague-Dawley, susceptible d’attraper facilement des tumeurs. « Or, il se trouve que la même souche de rats est utilisée par absolument tout le monde, y compris, d’ailleurs, par les industries qui veulent démontrer l’innocuité de leurs procédés », explique Paul Deheuvels.

– Autre critique non recevable selon l’académicien : les rats étudiés aurait dû être plus vieux. Un reproche émis par le Pr Jean-François Bach, président de l’Académie des sciences. « Je lui ai dit que si l’on avait débuté l’étude avec des rats de 6 mois, la plupart de ces animaux seraient morts avant la fin, compte tenu de leur durée de vie normale, voisine de deux ans. Cela ne servirait alors à rien de faire une étude de cette durée. »

Lire aussi : OGM, six académies scientifiques contestent l’étude menée par Séralini

Paul Deheuvels a reçu les données brutes de l’étude Séralini. Dans un premier temps, des comptages d’animaux touchés ou non par une tumeur lui ont été envoyés. Constat : « La simple analyse de ces tableaux montre des différences statistiquement significatives entre les différents groupes. »

Paul Deheuvels dénonce le fonctionnement interne de l’Académie des sciences

« Comme je suis actuellement le seul membre de l’Académie des sciences spécialisé à 100% en statistique, je me suis étonné du fait que je n’avais pas été consulté pour juger cette recherche », se désole l’académicien. L’un de ses confrères, Alain-Jacques Valleron, lui explique que l’étude Séralini ne vaut rien à ses yeux. Paul Deheuvels lui expose l’avis contraire et tente de le persuader. En vain.

Il apprend par la suite que le Pr Bach doit publier un avis très critique sur l’étude du Pr Séralini. « Je lui ai [expliqué] que (…) la moindre des choses serait que mes réserves soient annexées à tout communiqué que l’Académie voudrait bien faire sur cette question, de façon à ce que le débat demeure équilibré. Il m’a répondu : « Trop tard le coup est parti ». » Paul Deheuvels est furieux.

Il regrette que l’Académie subisse autant de pressions extérieures et craint qu’elle ne devienne un jour plus qu’un « outil de lobby ». « Pour moi, l’Académie doit rester un lieu de rencontre où des opinions divergentes peuvent librement s’exprimer et coexister. »

Lire aussi : OGM, les avis contraires de deux experts

Cécile David