OGM : six académies scientifiques contestent l’étude menée par Séralini

Six académies scientifiques françaises ont exprimé, aujourd’hui, leurs doutes quant aux résultats publiés il y a un mois par l’équipe du professeur Séralini. Cette dernière révélait l’existence de tumeurs cancérigènes chez des rats consommateurs d’un maïs OGM.

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L'étude Séralini sur les OGM est-elle à prendre au sérieux ? Six académies scientifiques françaises expriment leurs doutes. ©ThinkStock

L’étude menée par Gilles-Eric Séralini sur des rats soumis à la consommation d’un maïs OGM NK603 « ne permet aucune conclusion fiable [en raison de] nombreuses insuffisances, » attestent, dans un communiqué rendu public ce vendredi, les académies nationales d’agriculture, de médecine, de pharmacie, des sciences, des technologies et vétérinaire. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) avait déjà signalé le caractère douteux de ce rapport, qu’elle considérait comme étant « insuffisant [et] inadéquat ».

L’étude Séralini : « Un non-événement scientifique »

Les six entités s’étonnent des réactions qui ont suivi la publication de l’enquête. « Il est rare, en France, qu’un non-événement scientifique de cette nature suscite de telles passions jusqu’à mobiliser aussi rapidement les membres du Parlement ». Bien qu’aucune « expertise approfondie » de l’article sujet à polémique n’ai été réalisée jusqu’à présent, « les six Académies estiment qu’en raison de nombreuses insuffisances de méthodologie et d’interprétation [ces données] ne peuvent remettre en cause les études ayant précédemment conclu à l’innocuité sanitaire du maïs NK603 ».

L’éthique du professeur remise en question

L’un des principaux reproches exprimés par les scientifiques concerne la méthodologie statistique mise en œuvre pour calculer la fréquence d’apparition de tumeurs chez les rongeurs. « Dans le cas particulier de l’étude de G.E. Séralini d’une durée de deux ans, il aurait fallu utiliser un nombre d’animaux bien plus important tel que le recommandent les guides, ou dans le cas d’un nombre restreint, de l’ordre de 200 comme ce fut le cas, ne considérer qu’un nombre réduit de groupes répondant à des questions précises. »

Autre critique : la stratégie de communication du Pr Séralini. Elle « soulève de nombreuses interrogations, notamment la concomitance de la sortie de deux livres, d’un film et d’un article scientifique, avec l’exclusivité de leur contenu accordée à un hebdomadaire et une clause de confidentialité pour les journalistes jusqu’à la conférence de presse. Ces conditions de diffusion vers la presse, mise dans l’impossibilité de s’informer au préalable et donc sans possibilité de commenter en connaissance de cause, ne sont pas acceptables. »

Vers un « Haut comité de la science et de la technologie » ?

Les six Académies remettent en cause l’éthique de Gilles-Eric Séralini et de son équipe. « L’orchestration de la notoriété d’un scientifique ou d’une équipe constitue une faute grave lorsqu’elle concourt à répandre auprès du grand public des peurs ne reposant sur aucune conclusion établie », lancent-t-elles.

Par ce communiqué, les signataires tiennent à « rassurer la population ». « Les questions soulevées méritent d’être étudiées par des chercheurs reconnus, non suspectés de conflits d’intérêt, avec un financement sous contrôle public. » Ils demandent, par ailleurs, « la création auprès du Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel d’un « Haut comité de la science et de la technologie » afin de réduire le nombre de dérives.

Cécile David