Peut-on refuser de monter à bord d’un avion reconduisant un immigré à la frontière ?

Vendredi dernier, Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, a refusé de monter à bord d'un avion reconduisant un clandestin au Mali. Que se passe-t-il quand un passager lambda s'offusque d'une telle situation ? Réponse.

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Pascal Canfin, ministre délégué au Développement ©Sipa

Ce mardi, le Canard Enchaîné a révélé une histoire peu commune. Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, a refusé d’embarquer dans le même avion qu’un Malien qui devait être reconduit à la frontière. L’homme politique, qui a demandé au cabinet de Manuel Valls de suspendre l’expulsion, a vu sa demande rejetée. Par solidarité pour l’immigré et en signe de protestation, Pascal Canfin n’a pas pris son vol, zappant un forum organisé à Bamako vendredi dernier.

Le ministre, opposé à ces expulsions, n’est pas le seul citoyen à avoir (failli) voyager avec un clandestin reconduit dans son pays. Mais que se passe-t-il lorsqu’un citoyen lambda refuse de monter à bord de l’appareil, pour manifester son mécontentement ?

Clandestins à bord : les passagers ne sont pas informés

Lorsqu’un clandestin expulsé de la France se trouve à bord d’un vol, les passagers réguliers n’en sont pas informés. Généralement, ces reconduites à la frontières sur les lignes commerciales des compagnies aériennes « sont des réquisitions du gouvernement, on ne peut pas s’y opposer et nous ne sommes pas tenus d’informer les passagers », explique Michèle Levy-Hazéra, porte-parole du syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC).

Toutefois, les personnes en situation d’illégalité sont facilement repérables à bord d’un vol, puisqu’elles sont menottées et escortées par deux policiers durant toute la durée du vol. De plus, si les clandestins sont généralement calmes au moment de l’embarquement, ils se manifestent souvent durant le vol. Comme le raconte Nabih Ben Khelil, pilote de ligne sur A320, aux stagiaires du Centre de traitement de la peur de l’avion, certains se mettent à hurler, à se débattre et attirent l’attention.

Parfois, le pilote décide du débarquement de la personne

Quand les passagers se rendent compte qu’ils sont à bord du même avion qu’une personne expulsée, ils ne restent généralement pas indifférents. « Les passagers trouvent inhumain le fait que l’expulsé soit menotté, qu’on l’oblige à retourner dans son pays alors qu’il ne le souhaite pas », analyse la porte-parole du syndicat. Il arrive d’ailleurs que certaines personnes décident de débarquer pour échanger leur billet. En fonctions des conditions d’achat choisies, elles devront payer ou non un supplément pour prendre un autre vol.

Enfin, si plusieurs passagers s’insurgent de la situation, le commandant de bord peut décider de débarquer la personne en voie d’expulsion, s’il estime que la sécurité du vol est mise à mal. Le clandestin est alors reconduit dans un centre de rétention pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines… jusqu’à ce qu’une nouvelle expulsion soit organisée.

Mathilde Bourge