Pourquoi arrêter de fumer fait grossir ?

Des chercheurs suisses pensent avoir trouvé pourquoi arrêter de fumer fait grossir. Les responsables seraient les protéobactéries et les bactéroïdètes… Explication.

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Les ex-fumeurs prennent en moyenne 4 à 5 kilos à l'arrêt du tabac ©ThinkStock

Les ex-fumeurs ne sont pas directement responsables de leur prise de poids lorsqu’ils arrêtent la cigarette, à en croire l’étude de Gerhard Rogler et de ses collègues suisses, du Fond national suisse pour la recherche scientifique. Dans les mois qui suivent l’arrêt, les anciens accros s’arrondissent de 4 à 5 kilos en moyenne. Le changement des habitudes alimentaires est souvent désigné comme la raison de ce changement de silhouette.

Pourtant, ces chercheurs dévoilent une raison bien différente. Ce serait des souches de bactéries qui envahiraient notre flore intestinale, par un processus semblable à celui qui existe chez les personnes obèses. L’étude prouve que même si vous ne changez pas vos habitudes alimentaires, vous avez des chances de grossir.

Prise de poids à l’arrêt du tabac : c’est dans l’intestin que ça se passe !

Les chercheurs en médecine ont observé 20 cobayes durant neuf semaines : 5 non-fumeurs, 5 fumeurs et 10 fumeurs qui ont arrêté de fumer une semaine après le début de l’expérience. Ces 20 personnes ont gardé tout au long de l’étude la même façon de s’alimenter. 

Les chercheurs se sont attachés à analyser les selles de tous les participants, à raison de quatre échantillons par personne. En étudiant le patrimoine génétique des bactéries intestinales qu’on retrouve dans les matières fécales, ils sont parvenus à des résultats étonnants. Pour les fumeurs comme pour les non-fumeurs, les bactéries présentes dans les selles sont restées identiques pendant toute la durée de l’étude, alors qu’avec les ex-fumeurs, les scientifiques ont remarqué le développement de microbes tels que les protéobactéries et les bactéroïdètes, au détriment des microbes type firmicutes et actinomycètes. Alors même que l’équipe observait ces modifications de la composition de la flore intestinale chez les ex-fumeurs, ceux-ci ont pris en moyenne 2,2 kilos sur les neuf semaines. 

Une autre étude, qui avait consisté à transplanter des excréments de souris obèses dans les intestins de souris non-obèses, avait rendu les mêmes résultats : les souris de poids normal avaient développé les protéobactéries et les bactéroïdètes, et pris du poids.

Selon nos chercheurs suisses, la composition de la flore intestinale serait donc modifiée au début du sevrage et fournirait plus d’énergie au corps, ce qui expliquerait la prise de poids des ex-fumeurs.

Solène Medjeri