Pourquoi les homosexuels n’ont pas le droit de donner leur sang ?

Aujourd'hui, la Cour de justice de l'Union européenne doit statuer sur le don du sang des homosexuels. Ces derniers n'ont pas le droit d'être donateurs depuis 1983, date d'apparition du virus du sida.

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Le don du sang est interdit aux hommes homosexuels depuis 1983 ©ShutterStock

Hier, nous vous informions que l’Etablissement Français du Sang (EFS) craignait une pénurie de dons. Hasard du calendrier, la quatrième chambre de la Cour de justice de l’Union européenne devrait rendre aujourd’hui son jugement sur l’interdiction faite aux homosexuels ou bisexuels masculins de donner leur sang. Pourquoi n’ont-ils (pour le moment) pas le droit de faire un don ? Explications.

L’apparition du virus du sida

Depuis 1983, les hommes homosexuels sont considérés comme une « population à risque ». A l’époque, un virus encore inconnu circule dans le monde et semble davantage toucher les jeunes hommes homosexuels, hémophiles ou toxicomanes. Un groupe de médecins et deux chercheurs de l’Institut Pasteur se penchent sur le sujet et fournissent les premières descriptions du virus que l’on appelle aujourd’hui sida.

Le 20 juin 1983, une circulaire instaure des mesures de sécurité pour les transfusions sanguines. Les « populations à risque », dont « les personnes homosexuelles ou bissexuelles ayant des partenaires multiples » sont interdites de don du sang. En cause, le sida qui « représente un risque nouveau et grave pour la santé » et qui pourrait se transmettre par le sang. Cette interdiction ne sera jamais levée. Aujourd’hui, l’EFS applique un arrêté ministériel datant du 12 janvier 2009. Selon ce texte de loi, « les hommes ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes ne sont pas autorisés à donner leur sang », afin de « garantir la sécurité transfusionnelle ».

Ce texte s’appuie sur une directive européenne de 2004 demandant à ce que soient exclus du don « les sujets dont le comportement sexuel les expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang ». Dans cette directive, l’UE ne mentionne pas explicitement les homosexuels. Alors, pourquoi la France l’interprète ainsi ?

D’après des résultats de l’Institut de veille sanitaire (InVS), en 2010, en France, le risque d’exposition au VIH était 200 fois plus élevé lors d’une relation sexuelle entre hommes que lors d’une relation hétérosexuelle ou d’une relation sexuelle entre femmes. Des explications insuffisantes pour de nombreuses associations telles que Act Up Paris, qui considère qu’il n’y a pas de groupes à risques, mais « des pratiques à risques ».

Don du sang des homosexuels : des tentatives depuis 2007

Le don du sang des homosexuels est un sujet délicat auquel les ministres de la Santé ne se sont pas attaqués avant 2007. A cette date, Roselyne Bachelot promet d’y remédier avant de faire marche arrière en 2009. « Entre 10 et 18% des gays sont contaminés, alors que ce pourcentage est de 0,2% pour les hétérosexuels. Il existe un risque, et ce risque est trop élevé », avance-t-elle. Idem pour Nora Berra en 2011, alors secrétaire d’Etat à la Santé, qui déclarait que « l’homosexualité [était] un facteur de risque pour le VIH, donc une contre-indication de don ».

Le gouvernement actuel, par l’intermédiaire de Marisol Touraine, a également promis d’ouvrir le don du sang aux homosexuels. Mais une fois de plus, la tâche s’avère compliquée. En 2012, une seule étude publiée par l’InVS s’est intéressée aux risques de transmission du sida si le don était ouvert aux homosexuels. Selon les chercheurs, « le risque pourrait soit être proche de la situation actuelle soit multiplié par quatre dans le scénario le plus pessimiste ».

Les solutions des autres pays

La question de l’ouverture du don du sang aux homosexuels se pose également à l’étranger. Au Royaume-Uni, les hommes homosexuels peuvent donner leur sang depuis 2011, à condition de s’être abstenu de tout rapport sexuel pendant au moins un an. En Espagne, ce délai est de 6 mois. En Italie de 4 mois. Au Canada, les donateurs homosexuels doivent carrément attendre 5 ans avant de pouvoir donner leur sang. Problème : l’absence de rapport sexuel est impossible à prouver.

Aujourd’hui en France, une personne hétérosexuelle doit laisser passer 4 mois après un rapport sexuel à risque avant de pouvoir donner son sang.

Maxime Quéma