Réchauffement climatique : le chevreuil souffre

Des chercheurs mettent en avant les difficultés rencontrées par les chevreuils face au réchauffement climatique. Pour quelle raison a-t-il autant de mal à s'adapter alors que son cousin le cerf y parvient ?

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Le taux de mortalité des faons est passé de 35 % par an entre 1985 et 2003 à 60 % entre 2003 et 2011. - crédit photo : JMrocek ©ThinkStock

Depuis un siècle, la température moyenne augmente progressivement. Ainsi, l’hiver cède la place au printemps de plus en plus tôt chaque année. La saison aurait avancé d’une quinzaine de jours en trente ans. Les scientifiques ont constaté que la faune et la flore s’étaient adaptées en avançant les périodes de naissances et de floraisons. Selon une étude parue le 1er avril dans la revue Plos Biology, les animaux feraient évoluer leurs comportements en fonction des ressources alimentaires… excepté le chevreuil. Le cervidé peine à s’adapter à ce changement en raison, semblerait-il, de son système de reproduction.

Chevreuil : les femelles allaitantes ont plus de mal à trouver de la nourriture

Ces travaux ont été menés par des chercheurs issus du laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE, unité mixte CNRS/université Claude-Bernard Lyon), de l’Office national de la chasse (ONCFS) et de l’Institut national de recherche agronomique (Inra). De 1985 à 2011, ils ont suivi 250 chevreuils adultes et 180 faons dans la forêt des Trois-Fontaines, en Champagne.

Les scientifiques ont constaté que la mésange charbonnière avait avancé sa date de ponte pour que les naissances restent synchrones avec la période d’abondance des chenilles, avec lesquelles elles alimentent leurs petits. Des cerfs, observés depuis plus de quarante ans au nord de l’Écosse, donnent eux aussi naissance de plus en plus tôt. Les chevreuils, en revanche, n’ont pas changé leurs habitudes. Leurs naissances se produisent toujours à la mi-mai. L’ennui, c’est qu’elles arrivent deux semaines après l’apparition en forêt des jeunes pousses, dont les femelles allaitantes se nourrissent. « Elles ont particulièrement besoin de végétation de bonne qualité, riche en azote et en protéines, et facilement digestible, dans la mesure où elles sont de petite taille et n’ont pas de réserve corporelle, contrairement aux cerfs, précise Jean-Michel Gaillard, directeur de recherches au CNRS et principal auteur de l’étude. En ayant moins accès à cette nourriture de qualité, elles ont produit moins de lait et ont dû abandonner des faons faute de pouvoir les nourrir. »

Une différence liée à au système de reproduction du chevreuil ?

Conséquence : le taux de mortalité des faons est passé de 35 % par an entre 1985 et 2003 à 60 % entre 2003 et 2011. La population de chevreuils continue de progresser (1,8 million en France) mais son taux d’accroissement ralentit. « Les chevreuils vivent longtemps et ont donc le temps de mettre bas de nouveaux faons. Ces cervidés pourraient être en danger si la situation perdurait sur plusieurs décennies », analyse Jean-Michel Gaillard.

Cette difficulté d’adaptation pourrait être liée à son système de reproduction. Contrairement aux autres ongulés, le chevreuil est calé sur la photopériode, c’est-à-dire sur le moment où les jours commencent à rallonger. Il faut savoir que juste après l’accouplement (juillet-août), la division cellulaire s’arrête au bout de 24 ou 48 heures chez l’animal. Une pause qui dure plusieurs mois. Le développement de l’embryon ne redémarre ensuite que fin décembre ou début janvier. Et la naissance intervient autour du 15 mai. « Comme la photopériode ne change pas, les naissances des chevreuils continuent de se dérouler à la même époque, insensibles au changement climatique », explique J-M. Gaillard.

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Damien Rigat