Retraités, ils bossent encore

Qu’ils aient été salariés du secteur privé, fonctionnaires ou travailleurs indépendants, ils sont 16 millions aujourd’hui, soit un quart de la population, à vivre de leur pension de retraite. Plus ou moins bien lotis, qu’ils soient hommes ou femmes, les retraités sont de plus en plus nombreux à reprendre du service.

0
1902

Une pension qui s’élevait, fin 2008 et en moyenne, à 1 122 € par mois. Un chiffre qui cache mal certaines disparités. Par exemple, la différence de revenus entre les hommes et les femmes est frappante: 1 426€ en moyenne pour les premiers contre 825€ pour les secondes! Quant au minimum vieillesse, qui concerne 3, 36 % des personnes ayant pris leur retraite en 2009, il s’élève à 708, 95€ par mois. Les lois de 2003, puis de 2009, favorisent la reprise d’activité pour les retraités du régime général. Principale motivation? Un revenu d’appoint. Selon un sondage réalisé en 2008 par Kelly services, plus d’un Français sur deux (56 % des hommes et 52 % des femmes) envisage de travailler pendant leur retraite. Mais 17 % seulement à temps plein. L’avenir s’annonce encore plus difficile avec 600 000 personnes actives en moins en 2030 pour 7, 1 millions de retraités en plus.

«Une main-d’œuvre souple et fiable» selon Tony Paulo*

La principale motivation des retraités qui travaillent, c’est l’ argent, même s’ils demandent rarement plus que le SMIC.
Il faut dire qu’ils exercent surtout dans les métiers de service et souvent à temps partiel. Ménage, mais aussi garde d’enfants, accompagnement de personnes âgées…Les hommes se tournent plus vers des travaux de bricolage
et de jardinage. Pour les employeurs, c’est une main-d’œuvre fiable et souple. *responsable du site

«Je travaille pour payer mes loisirs»*

Je suis à la retraite depuis l’âge de 62 ans. Les deux premières années, je n’ai pas travaillé, même si mes revenus ont été divisés par deux, j’arrivais à vivre avec mes 1 500 euros de retraite par mois. Je me suis remis en selle l’an passé suite à un accident vasculaire cérébral. C’était le contrecoup du passage de l’hyperactivité à une vie plus sédentaire, plus ennuyeuse. Je travaillais dans l’aide à la personne et c’est tout naturellement que j’ai repris du service dans ce secteur. Pour trouver des clients, je passe des petites annonces dans des magazines comme Pleine vie et Notre temps : je propose aux personnes âgées de les conduire avec leur propre véhicule sur leur lieu de villégiature. Comme ça, ils ont leur voiture sur place sans avoir à assumer les longs trajets eux-mêmes. Là, par exemple, j’accompagne un couple de Parisiens à Nice. Je fais le retour en train ou en avion, cela dépend des destinations. Je suis payé en chèques emploi-service. Je tire un double avantage de cette situation: je reste actif et j’arrondis mes fins de mois. Ces revenus d’appoint me font gagner en moyenne 1 500 euros par an, juste de quoi me payer mes voyages ! *Jacques L., 66 ans, Paris (75)

Notre expert, Christophe Dougé*: «Un pouvoir d’achat divisé par deux, c’est toujours embêtant»

Même si, légalement, il n’y a plus de limite de salaires pour une personne retraitée qui travaille, la plupart des gens se font maximum 300€ par mois.
Il arrive bien sûr que cela grimpe jusqu’à 2 000€ par mois, mais c’est rare. &Agrave ce tarif-là, ce sont surtout des hommes, qui étaient avocats par exemple, et qui continuent à dispenser des conseils juridiques tant pour la stimulation intellectuelle que cela représente que pour des questions d’argent. Même avec une bonne retraite, voir son pouvoir d’achat divisé par deux, c’est embêtant. *directeur de
www.jobretraite.fr

Que dit la loi ?

Depuis le 1er janvier 2009, les personnes ayant acquis tous leurs trimestres ouvrant droit à la pension de retraite (162 trimestres, par exemple, pour une personne née en 1950) ou étant âgées de 65 ans et plus, ont le droit de cumuler la totalité de leur allocation et le revenu d’un emploi. Aucune période de carence n’est exigée et aucun plafond ne vient limiter les ressources. &Agrave noter que dans le calcul de la pension de retraite, les mois chômés, en arrêt maladie ou en congé maternité sont également pris en compte. Avant 2009, l’addition mensuelle de la pension de retraite et des revenus d’un nouvel emploi ne devait pas dépasser le montant moyen des trois derniers bulletins de salaires de la période active. En outre, il fallait laisser s’écouler une carence d’une durée de six mois, après l’entrée en retraite et le début d’une reprise d’activité professionnelle.

Alexandra Da Rocha