Sébastopol : port au cœur des enjeux géopolitiques

Depuis la chute de l'URSS, le port de Sébastopol sert de base militaire tant à l'Ukraine qu'à la Russie. En ralliant la Crimée à son pays, Vladimir Poutine espère chasser les troupes ukrainiennes hors de ce territoire.

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En 1997, la Russie et l'Ukraine ont signé un traité permettant aux troupes militaires russes de rester à Sébastopol jusqu'en 2017. ©Sipa

Depuis le début de la bataille pour la Crimée, Sébastopol est au coeur des débats. Ce port, seul endroit de la péninsule où la Russie possède encore une base militaire, est un lieu stratégique pour Vladimir Poutine, qui souhaite élargir son emprise sur la mer Noire. 

L’histoire de Sébastopol

La ville de Sébastopol, en Crimée, abrite la flotte russe de la mer Noire depuis que la ville a été fondée par l’impératrice Catherine II, à la fin du XVIIIe siècle. Lors de l’éclatement de l’Union soviétique, en 1991, le monde a vu naître un Etat ukrainien souverain, ainsi qu’une marine nationale détachée de la marine soviétique. Le 28 mai 1997, un accord entre l’Ukraine et la Russie est finalement passé pour le partage de la flotte de la mer Noire, la première obtenant 80 navires (17 %) et la seconde 338 (83 %). Ainsi, deux forces marines partagent quelques-uns des ports et quais le long des côtes de Sébastopol et de sa région, tandis que certaines zones sont démilitarisées ou contrôlées par une seule nation.

Grâce à ce traité de 1997, la base navale de la marine russe peut rester à Sébastopol jusqu’en 2017. Mais treize ans plus tard, en 2010, la Russie décide de prendre les devants en réclamant un nouvel accord, prolongeant le bail jusqu’en 2047. Kiev signe, « moyennant le versement par l’armée russe, à la ville de Sébastopol, d’une rente annuelle de 100 millions de dollars [74 millions d’euros]. Désormais, les navires russes sont assurés de pouvoir rester jusqu’en… 2042, avec une option d’extension jusqu’en 2047 », souligne Le Figaro. Pour Moscou, « le port ukrainien est un élément-clé pour la puissance navale russe », note le Financial Times.

Sébastopol : russophone à 70 %

Le site anglophone rappelle également que durant la guerre russo-géorgienne de 2008, « la base russe de Sébastopol s’était révélé stratégique lorsque la flotte russe a organisé des blocus dans la mer Noire et l’a utilisée pour lancer des débarquements amphibies. Il a également prouvé son utilité à la Russie dans la crise libyenne, les missions anti-piraterie dans l’océan Indien et le rôle de Moscou dans le démantèlement des armes chimiques de la Syrie ».

Mais selon Le Figaro, l’intérêt de la ville pour la Russie est aussi symbolique. Le port « permet de continuer à faire flotter à Sébastopol le drapeau russe ». « Outre le siège de la flotte de la mer Noire, Moscou dispose, dans cette ville de 380 000 habitants et à 70 % russophone, d’un centre de communications, d’un hôpital militaire et de deux régiments (infanterie de marine et aérien). »

« Symbole historique de modernité impériale et d’héroïsme militaire, Sébastopol constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la Fédération de Russie. Bien plus qu’un simple accord militaire, le renouvellement du bail russe sur la base navale s’expliquerait par la volonté de Moscou de mettre en valeur les minorités russophones de l’étranger dans une perspective d’influence. En effet, les liens profonds qui unissent Sébastopol à sa garnison montrent l’existence d’une identité locale particulière qui illustre les aspirations géopolitiques de la Russie contemporaine », soulignait la revue de géopolitique Hérodote, dans un numéro de 2010. Aujourd’hui plus que jamais, cette théorie se confirme.

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Mathilde Bourge