Sex in Solidays : parlons franchement !

Aux festival Solidays, qui a débuté hier, les bénévoles sensibilisent le public aux risques encourus après un rapport non protégé à travers l'exposition « Sex in the City ». Sex-toys, sadomasochisme.. Ici, pas de jugement, on parle sans tabou.

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À « Sex in the City », on parle de sexualité sans aucune gêne pour délier les langues des visiteurs. - crédit photo : Yaghobzadeh Rafae ©Sipa

Hésitantes, quatre jeunes filles s’approchent de « la roue des plaisirs », dédiée aux zones érogènes : « Qui veut tourner ? », scande une bénévole. Au bout de quelques secondes, l’une d’elles se lance. Et tombe sur « point G ». Étonnée, elle apprend qu’il se situe non pas au fond du vagin mais juste à son entrée. Ses copines sont elles aussi surprises. Elles laissent échapper un rire crispé lorsqu’on leur présente le sex-toy spécialement conçu pour titiller le fameux point G.

Sex in the City : « On parle souvent de sexe mais rarement de sa sexualité »

À « Sex in the City », c’est comme ça. On parle de sexualité sans aucune gêne pour délier les langues et inviter les visiteurs à la réflexion. L’exposition est un incontournable du festival Solidays, qui a ouvert ses portes hier après-midi, vendredi 27 juin. Voilà dix ans que les festivaliers ont la possibilité de parcourir ces 800 m² dédiés au sexe. Le sujet délicat de la prévention sur le VIH et le sida y est abordé en passant par la case « plaisir » : «  Habituellement, on nous présente tout de suite les risques, les aspects négatifs. Avec « Sex in the City », on traite le problème en passant par un aspect plus agréable. On montre qu’un rapport peut être positif même en se protégeant, nous explique Camille, 27 ans, bénévole « prévention » pour Solidarité Sida (l’association est à l’origine du festival) depuis deux ans. Au départ, les gens sont assez gênés. On parle souvent de sexe mais rarement de sa sexualité, c’est ça qui les bloque. Petit à petit, on parvient à créer un vrai échange. Ils se rendent compte qu’ils ne vont pas être jugés. »

Le BDSM, vous connaissez ?

Au début du parcours, on donne aux visiteurs un questionnaire qu’ils doivent remplir au fil de l’exposition pour tenter de repérer les informations principales. Les bénévoles jouent beaucoup sur l’effet de surprise. « Le chiffre sur le Front national, ça m’a surpris, admet Théo, 18 ans, l’œil rieur. C’est super bien fait, c’est drôle. Ça change des discours glauques, comme ceux de la Sécurité routière. » Même enthousiasme du côté de Nolwenn et Laura, 18 et 19 ans : « C’est génial ! ». Ce fameux chiffre est affiché dans « la maison des petits cochons ». Un panneau indique que 28 % des sympathisantes FN disent avoir été déjà fessées, contre 21 % des sympathisantes UMP et 12 % des sympathisantes du Front de gauche.

Un peu plus loin, une zone est consacrée au BDSM (comprendre « bondage/discipline, domination/soumission et sadomasochisme »). Morgane, 20 ans, n’a pas l’air convaincue : « Ce genre de pratiques ne m’attire pas du tout. Après, pourquoi pas mais il faut le bon partenaire, quelqu’un qui te respecte, pas un mec qui t’ordonne de faire ci ou ça ». L’intérêt de cet espace ? « casser les clichés, décomplexer les discours », nous indique Émilie Seck, chargée de prévention à Solidarité Sida et responsable de l’exposition.

La culture du viol : un nouvel espace qui invite à la réflexion

À la fin de la visite, les visiteurs font face à des sujets plus graves. Il est question, par exemple, de la « culture du viol ». L’expression désigne une société dans laquelle la violence sexuelle est considérée comme la norme. Des phrases « choc », déjà entendues ou prononcées, alertent les visiteurs : « T’avais l’air d’accord, c’est pas de ma faute si t’avais trop bu ».

Juste derrière, des extraits d’une enquête réalisée par « Envoyé Spécial » pointent du doigt le comportement de certains hommes à l’égard des femmes dans la rue. « Ça m’a fait bizarre de voir des filles jouer le rôle des mecs bien lourds », raconte Hadrien, 20 ans. Il assure ne jamais accoster les filles avec un sifflement ou une insulte. « Moi ça dépend, lance son ami Mathieu. Je suis un peu comme ça ». Il rit. Marie, qui fait elle aussi partie du groupe, s’énerve : « Ne l’écoutez pas, il dit n’importe quoi. Mathieu je te jure que si tu fais vraiment ça, je ne te parle plus ». Le jeune homme se reprend : « Je crois que c’est l’effet de groupe qui fait que les mecs parlent mal aux filles. Un mec tout seul agit rarement de cette façon ! »

Cet espace fait partie des nouveautés. « Tous les ans, on essaie de faire évoluer l’exposition pour que les habitués du festival y apprennent de nouvelles choses, précise Émilie Seck. Et ça marche ! Les gens s’arrêtent, prennent le temps de regarder la vidéo ». « Le harcèlement de rue est une réalité, c’est important d’en parler, ajoute Camille. Il faut qu’on arrête de reporter le problème sur l’agressée. On va dire à certaines filles qu’elles l’ont cherché parce qu’elles étaient en jupe par exemple. On se rend compte que même les femmes tiennent ce genre de discours. Il faut faire avancer les mentalités. »

VIH : la fellation est aussi une pratique à risque

Le dernier espace est consacré au « safe sexe » (« sexe sûr »). Il y est question des liquides pouvant transmettre le VIH, d’infections sexuellement transmissibles, des pratiques à risques. « Souvent, les jeunes ne savent pas que la fellation non protégée représente un risque, affirme Émilie Seck. On essaie de leur faire prendre conscience des réalités. »

Hadrien et Marie ne savent pas s’ils vont respecter à la lettre tous les conseils qu’on leur a donnés « même si on sait que c’est mieux de mettre un préservatif ». Mathieu les coupe : « Vous êtes fou ! Moi je ne déconne pas. Je mets tout le temps une capote ».

Avant de sortir, chaque visiteur passe devant un miroir : « Voilà à quoi ressemble une personne séropositive », peut-on lire en s’arrêtant sur son reflet. Changer le regard sur les personnes porteuses du virus fait aussi partie du combat mené par Solidarité Sida. « Sur ce point, il y a encore beaucoup à faire », reconnaît Émilie Seck.

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 La roue des plaisirs : pour apprendre à mieux titiller les zones érogènes

Il faut compter environ une heure de file d’attente avant d’entrer dans l’exposition.

« Sex in the City » en quelques images :


© Solidarité sida

Cécile David