SIDA : le Truvada bientôt autorisé en traitement préventif aux Etats-Unis ?

Un comité d’experts indépendants vient de donner son avis positif auprès de la FDA (Food and Drug Administration) pour la commercialisation aux Etats-Unis du Truvuda en traitement préventif contre le Sida. En France, une étude clinique nommée Ipergay a été lancée récemment pour évaluer l’intérêt préventif du médicament essentiellement auprès du public gay.

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Le Truvada est commercialisé en France depuis 2006 dans le cadre de la trithérapie ©Sipa

Le 15 juin prochain, le FDA  (FDA Food and Drug Administration – équivalent de l’ Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé en France –) donnera son accord ou non pour la mise en vente du Truvada aux Etats-Unis de façon préventive dans la lutte contre le Sida. Un comité d’experts – indépendants du laboratoire américain Gilead qui commercialise le médicament – a en effet rendu ce jeudi un avis favorable à une prise quotidienne du médicament pour le public à risque, suite à deux ans d’étude clinique.

Truvada ne se substitue pas aux autres formes de protection

Destiné essentiellement à une population ayant des rapports sexuels à risque, soit la communauté homosexuelle et les couples dits discordants (l’un est atteint du VIH/Sida mais pas l’autre), la commercialisation probable du médicament provoque autant la joie que la crainte.
La joie d’avoir peut être enfin trouvé la pilule magique qui empêche de contracter la maladie.
La crainte que la communauté gay, qui n’est pas toujours très raisonnable dans ses comportements sexuels, oublie définitivement toute autre forme de protection, alors que si les bénéfices du médicament sont prouvés, ils ne le sont pas à 100 % et des risques demeurent : les résultats cliniques de l’étude américaine menée dans six pays différents a en effet montré que le risque d’infection chez les hommes homosexuels diminuait de 44 % avec le Truvuda, et montait même à 75 % pour les couples discordants. Nous sommes encore loin de 100 % d’efficacité préventive. Or « le taux d’utilisation systématique [du préservatif] était de 80 % chez les gays dans les années 1990, il est aujourd’hui d’un peu plus de 60 % » expliquait en avril dernier Bruno Spire, président de l’association Aides au journal Le Monde, tout simplement parce que la maladie fait moins peur avec l’existence de le trithérapie. Avec la commercialisation du Truvada en prévention, les chiffres pourraient se creuser davantage encore…

Ipergay, le protocole d’étude français qui fait débat

Les Etats-Unis ont un temps d’avance sur l’étude clinique du traitement préventif du Truvula menée entre 2007 et 2009. Le médicament est commercialisé en France depuis 2006 dans le cadre des traitements de trithérapie et il est aujourd’hui le médicament de référence dans sa classe : la trithérapie associe en effet plusieurs types de molécules différentes regroupés en classe.
Mais s’il avait déjà montré des vertus dans la prévention contre le sida, aucune étude européenne n’avait été menée pour avérer ce constat jusqu’au lancement du protocole Ipergay par l’Agence nationale de la recherche sur le sida (ANRS) avec le Professeur Molina de l’hôpital Saint Louis à Paris début 2012. Avec pour but l’ »Intervention préventive de l’exposition aux risques avec et pour les gays », le protocole de recherche recueille l’adhésion de nombreuses associations gays et lesbiennes comme l’emblématique Aides, mais fait l’objet aussi de critiques. Une association toulousaine reproche notamment la forme du protocole de recherche qui suppose que dans le panel des volontaires, certains prendront des placebos et d’autres le médicament, d’où un risque potentiel aggravé pour certains de contracter la maladie.

Qui va payer la note ?

L’autre grand volet de critiques reste la question des coûts : en effet, la boîte de 30 comprimés de Truvada coûte actuellement 520 euros ! Qui va payer le coût d’un traitement préventif ? Même si certains assurent qu’en cas d’efficacité prouvée, le prix du médicament baisserait probablement, la note reste salée…

En attendant, 50 000 nouveaux cas de personnes contaminées par le virus du sida sont à regretter chaque année aux Etats-Unis, et un peu plus de 6000 en France. Le coût mensuel en France d’une trithérapie (pris en charge par la Sécurité sociale) est autour de 1000 euros et ce toute la vie. Multiplier les préventions ne peut être que bénéfique et l’approbation du comité d’experts américains redonne espoir dans la lutte contre la maladie.

Eléonore Verdy