Tramadol : le médicament qui existait déjà dans la nature

Des chercheurs ont repéré un arbuste produisant la même molécule que celle utilisée dans le Tramadol, un antidouleur conçu de manière artificielle. Une étonnante découverte.

0
2898
Le Nauclea latifolia est utilisé notamment au Cameroun pour apaiser la douleur, calmer la fière ou traiter le paludisme et l’épilepsie. - crédit : Tony Rodd, 8 décembre 2003, Flickr ©DR

Des laboratoires pharmaceutiques ont mis au point un médicament qui existait déjà dans la nature. Des chercheurs ont trouvé dans les racines d’un arbuste – nommé « Nauclea latifolia » – une molécule identique à celle présente dans le Tramadol, un antidouleur créé de manière artificielle. Un fait inédit, rapporté dans le journal de chimie Angewandte Chemie.

Le Nauclea latifolia, un antidouleur naturel

Une collaboration entre l’Institut de neurosciences de Grenoble (Inserm, université Joseph-Fourier, CNRS) et l’université de Buéa au Cameroun est à l’origine de cette découverte. Le chercheur Germain Sotoing Taiwe était alors en train d’étudier les vertus thérapeutiques du Nauclea latifolia, aussi appelé « le pêcher africain », un arbuste d’Afrique sub-saharienne.

Le Nauclea latifolia est utilisé notamment au Cameroun pour apaiser la douleur, calmer la fière ou traiter le paludisme et l’épilepsie. En analysant un extrait d’écorce de racines, les chercheurs sont parvenus à identifier le composant à l’origine de cet effet antidouleur. Surprise, il est parfaitement identique au Tramadol, un médicament de synthèse disponible en pharmacie.

Un espoir pour les populations locales

Les analyses ont été validées par trois laboratoires indépendants, qui ont observé différents échantillons à différentes périodes de l’année. « Tous les résultats convergent et confirment la présence de Tramadol dans l’écorce des racines de Nauclea latifolia et à des concentrations très élevées. À l’inverse, aucune trace de la molécule n’a pu être détectée dans la partie aérienne de l’arbuste (feuilles, tronc et branches) », explique Michel De Waard, directeur de recherche à l’Inserm au sein de l’Institut des neurosciences de Grenoble.

> Lire aussi : Soignez-vous avec des plantes !

Cette découverte inédite est porteuse d’espoir. Le Nauclea latifolia pourrait être utilisé dans plusieurs pays d’Afrique sous forme de décoction d’écorces de racines, un traitement qui serait très peu couteux et visiblement tout aussi efficace que son jumeau synthétique. Attention, néanmoins, à ne pas en abuser. Les chercheurs signalent des risques de dépendance : comme la morphine, le Tramadol fait partie de la catégorie des opiacés, des substances dérivées de l’opium.

L’équipe à l’origine de ces travaux vont réaliser des tests sur d’autres espèces de pêcher africains dans l’optique de repérer de nouvelles formes d’antidouleur.

> Lire aussi : Quand la nature inspire les inventeurs

Légende photo : Tony Rodd, 8 décembre 2003, Flickr  

Damien Rigat