Un prof piège ses élèves grâce à internet !

Il y a trois ans, lorsque Loys Bonod arrive au lycée Chaptal, à Paris, il s’aperçoit que ses élèves se servent de corrigés trouvés sur Internet pour leurs devoirs maison. Certains utilisent même leur smartphone lors des commentaires en classe. Le professeur de lettres, las de traquer les fraudes, a décidé de prendre les lycéens à leur propre jeu.

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©ThinkStock

Tel est pris qui croyait prendre…

Comme il le raconte sur son blog La vie moderne, Loys Bonod a « pourri » le web. Ce prof de lettres du lycée Chaptal, à Paris, s’est amusé à divulguer sur Internet des informations totalement fausses sur un poète quasi inconnu pendant les vacances d’été afin de pouvoir piéger ses élèves.

L’enseignant a d’abord créé alors une page Wikipédia sur le poète, lui inventant une biographie. Il dépose ensuite des commentaires d’une de ses poésies sur des sites comme Oodoc ou Oboulot en se faisant passer pour un étudiant. Il poste même des commentaires sur des forums se faisant passer alternativement pour un élève de première puis pour un professeur de lettres toujours au sujet d’une poésie de cet écrivain peu connu.

A la rentrée, le professeur demande à ses élèves de commenter la fameuse poésie et précise bien que le commentaire doit être personnel. Le piège fonctionne à merveille : sur les 65 lycéens, plus de la moitié ont repris les fausses informations semées quelques semaines plus tôt sur le web. Certains sont même allés jusqu’à recopier les copies mises en ligne sur les sites de partage !

Loys Bonod n’a pas noté les devoirs et a avoué la supercherie à ses élèves. Ces derniers, d’abord stupéfaits, ont rigolé puis applaudi leur professeur. L’enseignant a atteint son objectif : leur démontrer qu’il vaut mieux se méfier des informations sur Internet et réfléchir par soi-même.

Plus qu’une blague, une véritable alerte contre le monde numérique

Sur son blog, Loys Bonod explique les raisons de son acte. Il regrette de ne plus être un correcteur de copies devant évaluer la capacité de réflexion de ses élèves, mais d’être devenu un détecteur de fraudes. Son but n’était pas de critiquer la démarche des lycéens, mais bien de prouver qu’il est nécessaire de mieux éduquer les enfants et ados à l’usage d’Internet. Selon lui, une utilisation efficace et pertinente de cet outil n’est possible que si l’esprit a préalablement été formé sans lui.

L’enseignant dénonce aussi les pratiques des sites de partage de corrigés. Ces derniers sont souvent payants et ne divulguent pas nécessairement de bonnes copies. Créés à l’origine pour aider les étudiants, ils sont aujourd’hui dans une démarche purement mercantile, selon Loys Bonod. Il rappelle que ces sites ont accepté ses copies sans rechigner et ne les ont enlevées qu’un an et demi après, suite à la divulgation de cette affaire…

Anne-Ségolène Brun