Un robot manchot pour étudier l’évolution de la biodiversité

Un petit robot a été mis au point pour étudier une colonie de manchots et, à terme, mesurer les effets du changement climatique sur la biodiversité.

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Pour limiter le stress des manchots, les scientifiques ont mis au point un petit engin qui leur ressemble, plus efficace que l'intrusion d'humains pour les approcher. - crédit photo : Frédérique Olivier - AP - Sipa ©ShutterStock

Posée sur un engin à quatre roues, une peluche en forme de manchot fait parler d’elle depuis quelques jours. Il ne s’agit pas d’un nouveau jouet connecté pour enfant mais d’un robot très sérieux. La machine s’est incrustée dans une colonie de manchots en revêtant leur forme pour éviter de les perturber. Le but de cette étude menée par le français Yvon Le Maho, spécialiste de l’espèce, est d’observer d’un peu plus près l’évolution de ces animaux face au réchauffement climatique. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 2 novembre dans la revue Nature Methods.

Manchots : un rover pour étudier l’impact du changement climatique

Le robot a été conçu par des chercheurs de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (Strasbourg) et du Centre scientifique de Monaco, avec le soutien de l’Institut polaire Paul-Émile Victor, de l’Agence nationale de la recherche et de la Fondation d’entreprise Total.

Les scientifiques ont décidé d’intégrer à la colonie leur rover car l’observation des manchots leur permettra d’avoir une idée générale de l’état de santé des ressources marines de l’océan Austral (AFP). En analysant leur comportement et leur évolution, l’équipe d’Yvon Le Maho pourra ainsi en savoir un peu plus sur les conséquences du changement climatique sur la biodiversité.

Du simple rover au faux bébé manchot

Si, en théorie, le projet paraît simple, il se heurte en réalité à quelques problèmes techniques. Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs doivent marquer individuellement tous les manchots. Concrètement, ils doivent poser sous la peau de l’animal « une « étiquette » électronique de moins d’un gramme ». Un système novateur qui évite d’avoir recours à la bague classique, qui réduirait de 40 % la reproduction de l’oiseau.

Pour limiter le stress de l’oiseau, ils ont mis au point un petit engin qui leur ressemble, plus efficace que l’intrusion d’humains. Le manchot peluche est en fait un véhicule télécommandé équipé de lecteurs RFID, fonctionnant jusqu’à environ 200 mètres de distance.

Au départ, les chercheurs avaient déposé un simple rover parmi des manchots royaux situés sur l’île de la Possession, dans l’Archipel de Crozet (océan indien), puis en compagnie de manchots empereurs évoluant en Terre-Adélie (Antarctique). Les premiers ont défendu leur territoire en attaquant l’engin, qu’ils prenaient pour l’un de leurs congénères, les autres se sont éloignés en l’apercevant. Pour que les animaux acceptent plus facilement l’appareil, sans être effrayés, les chercheurs ont posé sur la machine à quatre roues un faux poussin manchot. Le robot a alors pu s’approcher des oiseaux sans problème. Ils auraient même tenté de « communiquer avec lui par des vocalisations » (AFP).

Mieux étudier les espèces difficiles

Ce système ingénieux est encourageant. Grâce à lui, « des recherches plus acceptables » d’un point de vue éthique vont pouvoir être conduites « tout en évitant les biais scientifiques liés à la perturbation des animaux dans leur milieu naturel », explique Yvon Le Maho. « Notre idée peut être réutilisée pour d’autres espèces difficiles à étudier, se réjouit le scientifique (Le Parisien). Nous recevons déjà des coups de fil du monde entier. »

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© Science News

Damien Rigat